Vous avez parfois l'impression de vous observer de l'extérieur. Ou que les choses autour de vous ne sont pas tout à fait réelles. Ou que certaines périodes de votre vie vous semblent floues, comme si elles avaient été vécues par quelqu'un d'autre. Ces expériences ont un nom : la dissociation. Et elles sont bien plus courantes qu'on ne le croit.

Qu'est-ce que la dissociation ?

La dissociation est une déconnexion automatique entre différents aspects de l'expérience — pensées, émotions, sensations, mémoire, identité ou perception de la réalité. C'est un mécanisme de protection que le cerveau active face à une expérience trop intense pour être traitée normalement.

Dans sa forme la plus légère, tout le monde dissocie parfois : conduire en "pilote automatique" sans se souvenir du trajet, être absorbé dans une rêverie profonde. Ces formes sont normales et sans conséquence.

Les formes plus intenses — celles liées au trauma — sont différentes.

Les formes de dissociation liées au trauma

La dépersonnalisation

Sentiment d'être détaché de soi-même — s'observer comme depuis l'extérieur, sentiment que ses pensées ou son corps ne lui appartiennent pas vraiment. "Je regardais la scène depuis le plafond."

La déréalisation

Sentiment que le monde extérieur est irréel, flou, comme dans un rêve ou derrière une vitre. Les personnes et les lieux semblent étranges, artificiels, trop distants.

L'amnésie dissociative

Incapacité à se souvenir de certaines périodes ou événements, souvent liés à un trauma. Pas un oubli ordinaire — une lacune dans la mémoire autobiographique.

Les états dissociatifs

Passages entre différents états émotionnels ou comportementaux parfois très contrastés, avec une mémoire partielle d'un état à l'autre. Peut aller jusqu'au trouble dissociatif de l'identité dans les formes les plus sévères.

La dissociation n'est pas une pathologie en soi — c'est une réponse intelligente à une situation intenable. Le problème, c'est quand ce mécanisme continue de s'activer alors que le danger est passé.

Dissociation et trauma : le lien

La dissociation est particulièrement fréquente dans le trauma complexe — traumatismes répétés, précoces, souvent perpétrés par des personnes de confiance. Quand la fuite et le combat sont impossibles, le cerveau utilise la dissociation comme ultime recours : se déconnecter de l'expérience pour la rendre supportable.

Ce mécanisme est adaptatif dans le moment du trauma. Il devient problématique quand il se déclenche automatiquement dans des situations non dangereuses — en réunion, dans une conversation difficile, pendant l'intimité.

Comment l'EMDR travaille avec la dissociation

La présence de dissociation nécessite une approche thérapeutique prudente et adaptée. Aller trop vite dans le retraitement EMDR peut paradoxalement amplifier la dissociation — c'est pourquoi une phase de stabilisation solide est indispensable.

Concrètement, le travail se déroule en plusieurs étapes :

  1. Évaluation — évaluer le niveau de dissociation et sa nature avant tout retraitement
  2. Stabilisation — développer des ressources pour rester "présent(e)" pendant le travail, créer un "lieu sûr" intérieur, apprendre à réguler les états dissociatifs
  3. Retraitement progressif — travailler sur les mémoires traumatiques par petites fenêtres, en restant attentif aux signes de dissociation et en ajustant le rythme
Important : La dissociation sévère (troubles dissociatifs de l'identité, amnésies importantes) nécessite une évaluation spécialisée et un cadre thérapeutique adapté. Si vous vous reconnaissez dans ces descriptions, n'hésitez pas à en parler lors d'une première consultation.

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