Vous avez peut-être déjà vécu ça : une odeur, un son, un ton de voix — et soudain votre cœur s'emballe, votre corps se tend, quelque chose en vous se prépare à fuir ou à se battre. Sans que votre cerveau "pensant" ait eu le temps de comprendre ce qui se passe. C'est votre système nerveux qui parle. Et il se souvient de choses que votre mémoire consciente a peut-être oubliées.

Le cerveau sous stress : trois niveaux

Pour comprendre le trauma, il faut comprendre comment le cerveau traite les menaces. Paul MacLean a proposé le modèle du "cerveau triunique" (MacLean, 1990) — trois niveaux qui fonctionnent ensemble, mais répondent différemment au danger :

  • Le tronc cérébral (cerveau reptilien) — survie immédiate, réflexes, régulation des fonctions vitales
  • Le système limbique (cerveau émotionnel) — émotions, mémoire émotionnelle, réponse à la menace via l'amygdale
  • Le néocortex (cerveau rationnel) — pensée, langage, raisonnement, perspective temporelle

En situation de danger, l'amygdale — une petite structure du système limbique — prend le contrôle et inhibe le néocortex. C'est pour ça que sous stress intense, on ne "réfléchit" plus vraiment : on réagit.

Les trois réponses au danger

Face à une menace, le système nerveux autonome déclenche automatiquement l'une de trois réponses :

  • Fuite — s'échapper du danger
  • Combat — affronter la menace
  • Figement (freeze) — se paralyser, se dissocier, "faire le mort"

Ces réponses sont adaptatives — elles ont permis à l'espèce humaine de survivre. Le problème survient quand elles restent activées après que le danger est passé.

Le corps garde le score. Les traumatismes non traités s'inscrivent dans la physiologie — tensions musculaires chroniques, hypervigilance, troubles du sommeil, réactivité émotionnelle. — Bessel van der Kolk, Le corps n'oublie rien (2014)

Pourquoi le trauma reste bloqué dans le corps

Lors d'un événement traumatisant, si la réponse de survie (fuite, combat, figement) ne peut pas se compléter — parce qu'on est immobilisé, parce qu'on est enfant et dépendant, parce que la situation dure trop longtemps — l'énergie de survie reste "stockée" dans le corps.

Le souvenir n'est pas traité normalement. Il reste fragmenté, chargé émotionnellement et somatiquement, sans intégration narrative. C'est pourquoi le trauma ne se "raconte" pas facilement — il se revit, dans le corps, sous forme de sensations, d'émotions, de réactions automatiques.

Les manifestations somatiques du trauma

  • Tensions chroniques dans certaines zones du corps (nuque, mâchoires, épaules, ventre)
  • Hypervigilance — être constamment en alerte, fatigué(e) sans raison objective
  • Réactions de sursaut exagérées
  • Difficultés à ressentir son corps ou au contraire hypersensibilité
  • Troubles du sommeil, cauchemars
  • Réactivité émotionnelle intense et difficile à réguler
  • Symptômes physiques sans cause médicale identifiée

Pourquoi "en parler" ne suffit pas toujours

La thérapie par la parole seule peut être insuffisante pour le trauma parce qu'elle sollicite principalement le néocortex — le cerveau rationnel. Or le trauma est stocké dans des zones plus primitives du cerveau qui ne répondent pas directement au langage et à la logique.

C'est pourquoi les approches qui intègrent le corps — dont l'EMDR — montrent souvent une efficacité supérieure pour le trauma : elles accèdent aux niveaux du cerveau où le trauma est réellement stocké.

Comment l'EMDR agit sur le système nerveux

L'EMDR utilise la stimulation bilatérale — mouvements oculaires, tapotements alternés — pour activer simultanément les deux hémisphères cérébraux pendant que le souvenir traumatique est évoqué. Ce processus semble activer un mécanisme similaire au sommeil paradoxal, permettant au cerveau de "digérer" les mémoires bloquées (Stickgold, 2002).

Une étude en neuroimagerie (IRM fonctionnelle) portant sur des patients atteints de TSPT a montré qu'après un traitement EMDR, les réponses de peur diminuaient significativement, avec des changements d'activité mesurés dans le circuit de la peur — dont l'amygdale (Rousseau et al., 2019).

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