C'est souvent la première question que les gens posent avant de commencer : "Combien de temps ça va prendre ?" C'est une question légitime — on veut savoir à quoi s'engager, combien ça va coûter, si on peut espérer un résultat concret.
Voici la réponse honnête.
La réponse courte : ça dépend
L'EMDR peut être remarquablement rapide pour certaines situations — et demander un travail plus long pour d'autres. Pour les traumatismes simples (un événement unique, récent, sans comorbidités), plusieurs essais cliniques historiques montrent des résultats en quelques séances seulement : 100 % des victimes d'un traumatisme isolé ne remplissaient plus les critères du TSPT après six séances de 50 minutes dans une étude (Marcus, Marquis & Sakai, 1997), et une amélioration significative a été observée après quatre séances chez des victimes d'agression sexuelle dans une autre (Rothbaum, 1997). Certains protocoles spécifiques obtiennent des résultats en encore moins de séances.
Mais la majorité des personnes qui consultent ne viennent pas pour un traumatisme isolé. Elles viennent avec une histoire — parfois complexe, avec des couches qui se superposent depuis l'enfance. Dans ce cas, le travail est plus long.
Les facteurs qui influencent la durée
La nature du traumatisme
Traumatisme simple (accident, agression, événement unique) : généralement plus rapide à retraiter. Le souvenir est circonscrit, la charge émotionnelle est localisée.
Traumatisme complexe (maltraitance répétée, négligence chronique, environnement familial dysfonctionnel) : le travail est plus long parce que les mémoires à retraiter sont multiples et interconnectées.
L'ancienneté et la profondeur
Un traumatisme récent est souvent plus rapide à traiter qu'une blessure qui remonte à l'enfance et s'est structurée sur des décennies. Plus une croyance est ancienne et intégrée dans l'identité, plus il faut de temps pour la revisiter.
La capacité de régulation émotionnelle
Avant de traiter les mémoires traumatiques, il est essentiel que la personne dispose de ressources suffisantes pour rester "dans la fenêtre de tolérance" pendant le retraitement. Si cette capacité doit être développée en amont, cela allonge le suivi — mais c'est une étape nécessaire pour que le travail soit efficace et sûr.
Ce qui se passe dans la vie en parallèle
Une situation de vie stable favorise le travail thérapeutique. À l'inverse, une crise aiguë (séparation, burn-out, deuil récent) peut nécessiter d'abord un travail de stabilisation avant d'aborder les mémoires profondes.
Ce à quoi vous pouvez vous attendre
En pratique, voici comment se structure généralement un suivi EMDR :
- Séances 1-3 : anamnèse, construction de l'alliance thérapeutique, installation des ressources et outils de régulation
- Séances 4+ : retraitement des mémoires cibles, selon un plan de traitement établi ensemble
- Entre les séances : un travail de "digestion" se poursuit souvent spontanément — rêves, pensées qui émergent, changements de perception
L'EMDR est-il plus rapide que d'autres thérapies ?
Pour le traitement du traumatisme spécifiquement, oui — les études comparatives montrent que l'EMDR obtient des résultats au moins comparables à la thérapie cognitivo-comportementale centrée sur le trauma (TCC-T). Une méta-analyse de 14 essais randomisés a même trouvé l'EMDR légèrement supérieur à la TCC sur la réduction des symptômes post-traumatiques et de l'anxiété juste après le traitement (Khan et al., 2018), souvent en moins de séances. C'est l'un de ses atouts majeurs.
Mais "rapide" ne signifie pas "facile". Le retraitement EMDR peut être émotionnellement intense entre les séances. C'est le signe que le travail avance — mais c'est un processus qui demande de l'engagement.